Quand la maison politique menace de prendre feu, on appelle les pompiers. Et au Gabon, le nom qui revient en ce moment s’appelle Marie Madeleine Mborantsuo, bien qu’elle soit à tort ou à raison encore perçue comme un ancien pilier des régimes précédents.
A son arrivée au pouvoir au terme de la transition, le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma a axé sa gouvernance sur une gestion transparente, de la responsabilité et de l’inclusivité, afin que chacun à son modeste niveau, participe à l’effort de reconstruction du pays.
Depuis quelque temps, le Parti démocratique gabonais (PDG) et l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB), deux partis de la galaxie présidentielle sont en ébullition dans la perspective de la tenue de leurs congrès respectifs. Crises de confiance internes, lignes qui se fissurent, alliés qui se regardent en chien de faïence. Dans ce contexte, le pouvoir a choisi la voix de l’apaisement plutôt que celle de la fracture.
Selon une publication du magazine « Afrique Intelligence », c’est à l’ancienne Présidente de la Cour Constitutionnelle que le Président gabonais a chargé le rôle de médiation au sein du PDG et de l’UDB. Consultée pour des questions diverses, ce choix ne résulte pas d’un hasard. Non, plus, d’un recyclage. Mais de la raison.
Marie Madeleine Mborantsuo connait parfaitement le milieu politique du pays et est très écoutée dans sa région natale : le Haut-Ogooué. La même que celle du Président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguéma.
Trente ans durant, elle a été présente au cœur des dossiers sensibles, des crises politiques et institutionnelles, des arbitrages qui ont décidé du destin du pays. Elle a également vu passer des égos gonfler, les alliances se trahir et les promesses s’évaporer. Elle est restée debout. Fidèle à sa logique du droit de réserve.
Depuis son départ de la haute juridiction, elle s’est tenue en marge de l’évolution politique du pays. Tout en soutenant l’appui à l’éducation et la formation des jeunes. Pas de tribune, pas de calcul, pas de coups bas médiatiques bien qu’étant la cible des réseaux sociaux. Elle n’a pas cherché à exister dans le bruit.
« C’est ça le véritable sens du patriotisme : servir quand on t’appelle, se taire quand il faut laisser passer l’orage, revenir quand le pays a besoin d’espérer plutôt que des slogans creux ou tapageurs », affirme un militant de la galaxie présidentielle.
Cependant, durant des années, on a tenté de salir sa dignité par des attaques politiciennes ou sexistes, alors qu’elle était dans l’exercice de ses fonctions. « Le but était simple : discréditer pour éviter qu’elle ne pèse. Résultat, aujourd’hui, c’est précisément son crédit, bâti sur la durée et la retenue qui fait d’elle l’interlocutrice crédible des deux côtés de la table », soutient un autre cadre du parti présidentiel.
La réconciliation nationale ne sort pas d’un discours. Elle se construit avec des acteurs qui n’ont rien à vendre, qui ne jouent pas leur carte personnelle, qui connaissent les dossiers et qui imposent le respect de l’intérêt général. En chargeant Marie Madeleine Mborantsuo de cette noble mission de médiation, le pouvoir envoie un message clair à l’opinion publique : on préfère l’apaisement au chaos, l’expérience à l’improvisation, l’unité a la vengeance.
Si la médiation réussit, ce ne sera pas des victoires d’une tendance. Ce sera des victoires pour le Gabon. Et dans cette équation politique, Marie Madeleine Mborantsuo a le profil de celle qui peut redresser la situation.
Le Gabon n’a pas besoin de plus de bruit, il a besoin des gens qui savent éteindre un incendie avant qu’il ne dévaste tout.
Thierry Mocktar




