Lutte contre la corruption : Oligui Nguéma passe à l’offensive, l’exemple Oyiba comme boussole

Le message est passé à la tribune du Parlement. En présentant l’état de la nation, le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma a nommé le mal sans détour : la corruption gangrène l’administration publique. Et cette fois, l’État ne fait plus semblant de ne pas voir.

Pour comprendre où le Gabon veut aller, il suffit de voir le chemin déjà parcouru. Le 10 octobre 2009, Jean-Pierre Oyiba est nommé Directeur de cabinet à la présidence de la République. Un mois plus tard, le 19 novembre, il démissionne. Motif : se mettre à la disposition de la justice française dans l’affaire de détournement présumé de 25 millions d’euros au bureau parisien de la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale). Résultat de l’enquête préliminaire du Parquet de Paris : blanchi. Simple témoin.

Le Procureur lui-même indiquera qu’Oyiba devait se constituer partie civile contre le principal accusé, Armand Ndzamba.

Un homme qui quitte sa fonction pour privilégier le Gabon, affronter la justice française, puis revient la tête haute. N’est pas Jean-Pierre Oyiba qui veut.  En 2009, ce geste a marqué les esprits. C’était la première fois que la probité venait d’en haut, sans calcul, sans négociation. Le vrai point de départ de la lutte anti-corruption dans le pays.

Jean-Pierre Oyiba venait d’en faire la démonstration.

L’affaire de la suspension du Procureur général près du Parquet du tribunal de Libreville, Eddy Minang, fait jaser dans les couloirs. Certains croient à l’acharnement. Faux débat. Les textes sont clairs. La procédure du Garde des Sceaux est interne. Personne n’est au-dessus des lois pour entraver à une action de justice. Surtout quand on est du domaine de la magistrature et que le dossier relève des faits de corruption ou de détournement.

Ce qui choque, c’est l’habitude prise pendant des années : intouchabilité pour les uns, impunité pour d’autres et le pays avançait ainsi. Oligui Nguéma ferme cette parenthèse par la suspension, l’ouverture d’enquêtes et le contrôle.  Le signal est que la fonction ne protège plus des responsables.

Si le sommet montre l’exemple, la base doit suivre. Or, le problème reste le même dans plusieurs Directions générales. Certains Directeurs généraux gèrent leurs administrations comme des épiceries familiales. Marchés taillés sur mesure, recrutements clientélistes, budgets qui disparaissent entre deux lignes budgétaires. Ils bloquent les contrôles, sabotent les audits, et ressortent en victimes dès qu’on touche à leur pré-carré.

Des pratiques qui tuent la confiance et sabotent les politiques publiques. Elles font que le citoyen ne voit jamais les milliards annoncés à la télévision se transformer en routes, en écoles, en hôpitaux ou autres.

La Ve République ne peut pas se construire sur l’ancien système. La politique est désormais affichée pour renforcer la lutte contre la corruption. Les textes existent. Les enquêtes avancent.

Désormais, le choix est simple pour chaque directeur général : servir l’État ou servir sa poche. Ceux qui choisissent la deuxième option savent ce qui les attend. L’exemple Jean-Pierre Oyiba a prouvé qu’il est aussi possible de quitter fonctions et privilèges pour répondre à la justice de son pays et en ressortir grandi.

La volonté politique d’Oligui Nguéma prouve aussi qu’il est possible de faire appliquer la loi sans trembler.  La lutte contre la corruption n’est plus un slogan. C’est une opération de nettoyage qui est annoncée. Elle ne fait que commencer.

Thierry Mocktar

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