La localité est pourtant promise à un destin de pool industriel. Avec la décision prise par les autorités gabonaises de transformer localement le manganèse brut, Moanda devrait devenir le moteur de l’industrialisation du Haut Ogooué. Usines, emplois qualifiés, et valeur ajoutée qui profitent au Gabon.
Sur le papier, c’est l’avenir assuré pour les populations de la Lébombi-Léyou. Le Président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguéma l’a promis. Sur le terrain, c’est le blocage. Et ce blocage a un nom : les barons locaux et les clans « maçonniques » qui ont transformé la ville en une épicerie personnelle, se faisant l’avocat des causes justes. L’influenceur, Professeur Wilfried Choisi Okoumba Kamitatou, l’a parfaitement dénoncé à travers des lives devenus viraux sur la toile.
Depuis 2023, la ligne du Président Brice Clotaire Oligui Nguéma est claire : fini l’exportation brute qui enrichit l’étranger et appauvrit le Gabon. Le manganèse de Moanda doit être transformé dans le pays.
C’est la manifestation de la souveraine économique. La rupture avec six décennies d’un modèle extractif où l’État recevait des royalties de ses matières premières et laissait les villes minières vivre dans la précarité.
Le gouvernement a décidé de passer le cadre. Les projets sont sur la table. Les partenariats sont prêts. Ce qui manque, ce ne sont pas les capitaux. Ce sont des interlocuteurs locaux capables de dire oui à l’intérêt général plutôt qu’à leurs comptes bancaires.
À Moanda, une minorité est organisée en cartel (maçons et rosicruciens). Des lobbies qui cumulent des casquettes : élu, fournisseur, adjudicataire de marché de gré à gré, « intermédiaire » obligé. Ils se comportent dans la ville en maîtres régents. Moanda vit au rythme de leurs humeurs, pas au rythme des besoins des populations.
Cette pègre locale a remplacé l’administration. Pendant ce temps, l’eau ne coule pas dans les robinets, la route se dégrade, le chômage explose et la ville ressemble à un territoire oublié.
Le Président l’a dit devant le Parlement : la transformation, c’est la fin de l’impunité et la fin des réseaux qui confisquent l’État. Moanda est un test grandeur nature.
Face à ces cartels, deux options s’offrent au pouvoir : laisser faire, et enterrer le projet industriel pour des dizaines d’années de plus. Casser les verrous, imposer la règle, et rendre Moanda aux « Moandais ».
Le choix est fait. Les contrats sont enclenchés. Les marchés douteux sont audités. Le message du Président gabonais est passé : à Moanda comme ailleurs, il n’y aura plus d’exception pour les proches. La ville n’appartient pas aux bârons. Elle appartient aux mineurs, aux enseignants, aux commerçants, aux jeunes qui veulent un travail autre que celui de « coursier » d’un élu.
L’ambition de la politique gouvernementale c’est de transformer les rentes du manganèse en usines. La politique des barons, c’est de transformer Moanda en une épicerie où tout s’achète et se vend. Entre les deux, les habitants ont choisi depuis longtemps. Il ne reste plus qu’à l’État d’appliquer ce choix.
Si Moanda réussit, c’est tout le Haut-Ogooué qui bascule dans l’industrie. Si Moanda échoue, c’est la preuve que rien n’a changé. Oligui Nguéma est pris en étau. Certes, mais un étau dit-on, ça se casse ! Surtout quand derrière, il y a un pays qui n’en peut plus d’attendre.
Justin Anga Otounga




