La transition de 2023 a certes libérée la parole dans le pays, mais l’on constate, de plus en plus, que la frontière entre les rumeurs, la diffamation et le débat politique est des plus floue.
Si nul n’est censé ignorer la loi, il y a lieu de reconnaître que la législation gabonaise châtie avec fermeté les auteurs des allégations considérées comme diffamantes et sans fondement.
Au Gabon, en effet, environ 80% de ce qui circule sur les réseaux sociaux démarre en rumeur et devient diffamation quand les noms, chiffres et accusations pénales sont avancés sans preuve.
Le phénomène semble davantage explosé quand il s’agit d’anciens bârons du régime déchu ou des personnes dont les patronymes font référence à l’ancien pouvoir.
« Un tel aurait été limogé ». « Un tel a volé tant ». « Un tel détient des avoirs ou tant de biens à l’étranger ». Autant de rumeurs aux allures de diffamation dont très peu ont les moyens de vérifier, se contentant de ce qui est rapporté à des fins de nuisance. Ce, quand bien même, les investissements acquis ou les biens fructifié par les personnes mises en cause ne font l’objet d’aucune procédure judiciaire.
Des allégations déconcertantes que le tribunal des réseaux sociaux tranche avec facilité, au regard de la lenteur de la justice gabonaise pour s’autosaisir au profit de la moralisation de la société gabonaise. Le même acharnement s’observe surtout autour de l’affaire des « biens mal acquis » pour espérer influencer la justice gabonaise. Une affaire qui a fini par prononcé un non-lieu à la descendance du défunt Président gabonais.
Parallèlement, on observe la fréquence de ses rumeurs généralement à l’approche des périodes des nominations au sein de l’administration du pays. Alors que le nouveau pouvoir, pour définir la nouvelle République, prône une gouvernance inclusive et transparente. Histoire de tourner la page.
Pour de nombreux observateurs, le vrai problème au Gabon réside dans l’impunité perçue. Pourtant la législation punit la diffamation suivant l’application du Code de pénal.
« Le Gabon ne maîtrise pas un « art de la diffamation. Il subit une explosion des rumeurs non régulées, accélérées par les réseaux sociaux dans un contexte politique tendu entre une nouvelle classe qui veut s’imposer à tous les coups et une élite ancienne expérimentée à la gestion des affaires publiques », avance un acteur politique local.
La sortie de crise ne passera pas par la répression. Mais par trois choses au moins : des médias capables de fact-checker rapidement ; une justice qui traite des plaintes pour diffamation en quelques mois et une culture politique où on répond aux accusations avec des preuves, pas avec d’autres rumeurs.
Thierry Mocktar




