Éditorial : Challenge inter force, quelle perspective pour un enjeu de cohésion nationale et de « diplomatie militaire ? »

Le challenge inter force n’est pas un simple défilé de muscles et de drapeaux. Derrière la compétition, il y a une idée simple et puissante : mettre en place les Forces de défense et de sécurité (FDS) face aux épreuves pour rappeler qu’elles servent un seul pays : le Gabon.

Gendarmerie, Armée (FAG), Garde républicaine, Police, Sécurité pénitentiaire, Génie militaire, Santé militaire, Douanes, Eaux et Forêts : chacun à sa mission, sa culture, ses réflexes. Le problème est que ces différences deviennent parfois des cloisons.

Le challenge force les corps à coopérer entre eux, à se mesurer loyalement, à se mesurer comme des partenaires et non comme des concurrents. Dans une opération réelle, une mauvaise coordination coûte des vies.

Remettre la condition physique et la discipline au centre.

On peut avoir le meilleur équipement, si l’homme derrière flanche, tout le dispositif s’écroule. Le challenge inter force remet la préparation physique, l’endurance, la rigueur au premier plan. C’est un message du Président de la République, chef de l’État, chef du Gouvernement, chef suprême des Forces de défense et de sécurité envoyé aux troupes et à l’opinion publique : le métier des armes est exigeant. Pas de place pour le laisser-aller quand la sécurité du pays est en jeu.

Rapprocher les forces de la population.

Le public voit des hommes et des femmes qui suent, qui tombent, qui se relèvent. On sort de l’image abstraite du «corps habillé» pour retrouver des Gabonais au service d’autres Gabonais. Dans un contexte où la confiance se gagne mètre par mètre, c’est un investissement politique et social de grande portée nationale.

Institutionnaliser pour la durée.

Pour que l’effet ne retombe après la remise des trophées, trois conditions s’imposent : rendre l’événement annuel et structuré, ouvrir sur le régional et faire un lien avec la formation.

A ce titre, un calendrier clair, des critères d’évaluation transparents, une rotation des sites pour impliquer toutes les régions du pays, transformer le challenge en championnats militaires nationaux et faire participer les vainqueurs aux compétitions militaires internationales, inviter les délégations de la CEMAC ou de la CEEAC.

Le challenge inter force deviendra alors un outil de diplomatie militaire et d’inter-opérabilité. Utiliser les résultats pour identifier les lacunes et ajuster les programmes d’entraînement.

Un challenge sans suivi post-compétition reste du folklore.

Le vrai test du challenge inter force n’est pas de savoir qui gagne. C’est de savoir si, le lendemain de la compétition, la coordination d’une unité de gendarmerie et d’une unité de police sur le terrain qui est meilleure. Si la réponse est oui, alors l’événement remplit sa mission.

Le pays a besoin de forces qui parlent le même langage opérationnel. Ce challenge est un des rares moments où ce langage peut s’apprendre sans attendre la crise. Il faut le saisir et le faire grandir.

Thierry Mocktar

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