Ils étaient censés payer les enseignants. Ils se sont servis dans l’assiette. L’interpellation de plusieurs fonctionnaires du ministère de l’Education nationale pour détournement présumé de primes de vacation via la Direction centrale des affaires financières – DCAF – vient de faire sauter le verrou sur un système bien huilé.
Ce n’est pas un « cas isolé » comme prétendu par certains complices et prédateurs des finances publiques. C’est la preuve qu’un système hybride de malversations financières fonctionne en réseau au sein des administrations gabonaises, à l’abri des procédures légales.
Les primes de vacation, destinées à rémunérer les heures supplémentaires des enseignants, transitent par la DCAF. Là-bas, entre listings, signatures et virements, l’argent disparaît. Quelques lignes modifiées. Quelques noms fantômes ajoutés. Quelques enseignants zappés. Résultat : ces derniers attendent en vain. Les proches de certains gestionnaires sans rapport avec le ministère sont ajoutés ou leurs collaborateurs directs s’alourdissent. Et, le Ministère encaisse la honte.
Ce qui choque, c’est que l’éducation nationale n’est pas seule. Les Directions centrales des affaires financières sont présentes dans tous les ministères et dans les organismes sous tutelle. Et pourtant, le schéma se répète : une direction financière puissante, des contrôles faibles, des nominations de proches sectaires ou communautaires qui échappent aux Ministres sectoriels.
La nomination de ces personnels de la DCAF incombe directement au Ministère des finances et du budget. Traduction : le Ministère qui dépense n’a pas la mainmise sur ceux qui gèrent son argent. Un schéma parfait qui crée des zones grises et des loyautés croisées entre le DCAF, l’agent comptable et le comptable.
Tant que les DCAF resteront des chefs nommés par le « Bercy » gabonais, sans recevabilité directe du Ministre qui pilote la politique publique, le cycle de prédation va continuer.
Éducation, santé, travaux publics, agriculture : le même film, avec des acteurs différents.
Arrêter un groupe de fonctionnaires à l’éducation nationale, ça fait bien dans les communiqués officiels. Mais si les mécanismes de nomination et de contrôle ne changent pas, le processus reste le même. Le Président gabonais l’a dit tout haut : » l’État de la nation se mesure à ce qui change dans la vie des gens ».
Pour les enseignants, ce qui changerait tout de suite, c’est recevoir leur prime de vacation en intégralité, à l’heure et sans devoir supplier.
Pourquoi les Directions centrales des affaires financières ne sont-elles pas placées sous l’autorité directe des Ministres sectoriels, avec évaluation des résultats ? Quand est-ce que le fichier des primes de vacation sera audité de façon indépendante par une commission ad-hoc (gouvernement-parlement-partenaire sociaux) et publié ?
Sans réponse claire à ces interrogations, les interpellations ressembleront à ce qu’elles sont : du nettoyage de surface sur une canalisation percée. L’argent des enseignants ne doit plus être la variable d’ajustement d’un système de prédation qui appauvrit l’État.
Thierry Mocktar




