Ve République : quand le mausolée de la Concorde divise les gabonais

Depuis l’avènement de la transition, le projet de construction du mausolée de la Concorde, en face de l’esplanade de la tribune officielle de Libreville, devait incarner l’embellissement de la capitale de la nouvelle République dans son volet restauration de la mémoire nationale du pays. Deux ans plus tard, le constat sur l’évolution du chantier laisse apparaitre un projet qui peine suivre les délais.  

En visite inopinée, le chef de l’État gabonais Brice Clotaire Oligui Nguéma est allé s’enquérir de l’état d’avancement du chantier, aujourd’hui une œuvre à polémique.

Travaux inachevés, délais de livraison explosés après plusieurs reports, inauguration souhaitée prévue pour le 16 août prochain, qui paraît au regard du constat fait, hors de portée.

Face à l’urgence de la raison d’État, le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma a donné une quarantaine de jours à l’entreprise engagée pour que la livraison du chantier soit effective à la date indiquée. 

La question que les gabonais se posent est celle de savoir comment, avec le retard cumulé et un budget quasiment épuisé, l’entreprise parviendra-t-elle a relevé le défi au regard de l’étendue du reste de l’ouvrage à faire. 

Ce dossier brûlant remet en lumière un mal récurrent dans l’attribution de certains marchés publics d’envergure. L’écart entre l’ambition et la capacité technique, l’inexpérience d’une partie des nationaux du BTP, l’attribution des marchés publics qui installent le doute. 

Visiblement en courroux, Brice Clotaire Oligui Nguéma a mis l’entreprise dos au mur. C’est plus qu’un ultimatum. C’est un message fort que le Président gabonais envoie à l’endroit de tout le secteur du BTP en faisant savoir qu’au Gabon, on ne vend plus du vent à l’État. 

Le mausolée de la Concorde devait unir mais il divise aujourd’hui pour ses retards de livraison, créant de la distance entre les partisans du promoteur et ceux qui soutiennent l’action publique. 

Au-delà du béton, ce chantier pose véritablement des exigences pour la Ve République. Bâtir le Gabon avec des forces capables ; attribuer des marchés publics sur la base des capacités réelles des entreprises, pas sur la proximité. 

En effet, malgré de nouvelles dispositions de nombreux marchés publics sont encore attribués de « gré à gré » ou par recommandations expresses. 

Si le mausolée est le monument de la Concorde, qu’il commence par réconcilier le Gabon avec l’exigence. Vendre du vent au chef de l’État, c’est trahir le pays.

Thierry Mocktar

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