Le Gabon traverse une séquence tendue. Entre tensions sociales, débat économique et incertitudes au sein de la classe politique, la question revient avec insistance : qui a le profil pour stabiliser ? Face à cette question, le nom de Marie Madeleine Mborantsuo, ancienne gardienne des institutions pendant 30 ans, revient avec insistance. Son parcours est scruté par ceux qui cherchent l’expérience.
Magistrate de formation et de profession hors hiérarchie, pool économique et financier et en droit constitutionnel, Marie Madeleine Mborantsuo a présidé aux destinées de la Cour Constitutionnelle du Gabon de 1991 à 2023. Pendant ces trois décennies de travail acharné, elle a été au centre de toutes les grandes décisions institutionnelles du pays : élections, lois, conflit de compétence. Résultats : une connaissance fine des rouages de l’État, du droit et des équilibres républicains géopolitique et géostratégique.
À la tête de la haute juridiction, elle a véritablement incarné le rôle, très envié, d’arbitre entre les institutions. Peu d’anciennes personnalités gabonaises peuvent se prévaloir d’une telle longévité au sommet d’un pouvoir non exécutif. « C’est une image du « juge de la République » qui fonde sa légitimité auprès d’une partie de l’opinion publique », tranchent certains acteurs du droit gabonais.
Elle a traversé plusieurs cycles politiques sans quitter la scène institutionnelle. Cette continuité est vue par de nombreuses personnes comme un atout en période d’instauration de la nouvelle République.
Avec une économie sous pression, une loi des finances rectificative voter pour réajuster le budget de l’État, dont la composante initiale n’a pas tenu compte de l’approche de la Rationalisation des choix budgétaires (RCB), l’argument qui revient est qu’« il faut des mains qui connaissent l’État pour accompagner la politique impulsée par le Président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguéma », au moment où la gouvernance du pays est prônée sur l’inclusion, admettent certains comptables publics.
Depuis le départ de ses fonctions sous l’effet de la transition, loin des projecteurs à polémiques des partis politiques et des activistes du moment, son profil est présenté comme une « non partisane » au désordre actuel. Pour ceux qui doutent de la majorité de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) ou qui critiquent le pouvoir, Marie Madeleine Mborantsuo est une alternative de profil technico-juridique pour la médiation des conflits. Certains la voient comme celle qui connaît le passé pour éviter de le répéter.
La vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux dans laquelle a été diffusée la grande cérémonie d’Abidjan, au cours de laquelle elle a été primée en qualité de « Bâtisseur de l’économie africaine » et « promoteur de l’excellence académique » à travers son engagement dans la formation de la jeunesse gabonaise et africaine via l’Université Internationale de Libreville Berthe et Jean (UILB-J) les critiques n’ont pas manqué, notamment par ceux qui ont toujours tissé du mensonge et des montages doubles de contradiction autour de sa personne, de son entourage et du pouvoir gabonais.
Dans un pays où l’économie est en reconstruction après l’échec des « euros bons » et la confiance à reconquérir auprès des partenaires, les gabonais comparent désormais les profils à l’emploi aux côtés de Brice Clotaire Oligui Nguéma. Et celui de Marie Madeleine Mborantsuo s’impose comme une évidence dans le débat par un argument simple : l’expérience institutionnelle.
Que l’on soit pour ou contre, une chose est sûre : Marie Madeleine Mborantsuo est aujourd’hui présentée comme l’une des personnalités dont le parcours pèse dans la réflexion sur l’après. Son atout majeur ? Trois décennies à faire vivre les institutions du Gabon de l’intérieur
Thierry Mocktar




