Dans le viseur de la justice gabonaise depuis le coup de libération et le procès intenté, la traque des avoirs du clan Bongo-Valentin a pris une ampleur inédite avec le déchiffrage du « monopoly » d’un clan autrefois intouchable.
Le patrimoine présumé, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique, de l’ancienne famille présidentielle, serait estimé à plus de 1 milliard 500 millions de francs CFA sans implications d’autres biens ciblés.
Des avoirs toujours au cœur d’une bataille judiciaire et politique. Résidences luxueuses, avions privés, hôtels, sociétés écrans, comptes off-shore.
Dans la foulée du renversement d’Ali Bongo, une machine judiciaire et financière est déclenchée par l’Agence nationale des investigations financières (ANIF) pour traquer les biens de l’ex-chef d’État et de sa famille, notamment ceux de son épouse Sylvia et de leur fils ainé Nourreddin Bongo Valentin.
Deux ans plus tard, Sylvia Bongo Valentin et Nourreddin sont condamnés par contumace à 20 ans et réclusion et à 100 millions de francs CFA d’amendes pour blanchiment et détournement de deniers publics.
Les enquêtes menées respectivement par l’ANIF, la Direction générale des services spéciaux (DGSS) et la Direction générale des recherches (DGR) ont dressé un bilan ahurissant : débits cumulés sur les comptes et sociétés du réseau estimés à 2902 milliards de francs CFA, actifs identifiés (1500 milliards de francs CFA), 22 sociétés immobilières saisies au profit de l’État, une vingtaine de sociétés gelées, 22 entités immatriculées à l’étranger, une trentaine de sociétaire immatriculées dans les réseaux de blanchiment.
Parmi les biens les plus emblématiques : la villa nam de la Sablière (80 milliards de francs CFA), la maison marocaine de la Sablière qui faisait office de résidence à Nourreddin Bongo Valentin, le palais du domaine d’Oyo… Et bien d’autres sont certains ont été rétrocédés et d’autres gelés par l’État gabonais.
Selon l’ANIF, ces mécanismes traduisent une «volonté affichée de dissimuler les véritables origines et destinations des fonds. Malgré le procès de la Young Team, des proches et des intermédiaires du clan sont toujours dans la tourmente judiciaire : l’ex Ministre Lee White, l’ex maire d’Akanda Claude Michel Sézalory et plusieurs autres membres de la famille Valentin. Medhi, le beau-frère d’Ali Bongo est toujours incarcéré à Libreville, accusé de blanchiment et de trafic d’ivoire.
Une bataille loin d’être terminée. Les avoirs à l’étranger, notamment au Qatar, à Dubaï et à Londres restent pour partie hors de portée.
En quelques années, le Gabon a vu s’effondrer l’un des plus vastes patrimoines présumés d’Afrique centrale relevant aujourd’hui les rouages d’un système qui mêlait luxe ostentatoire, opacité financière et pouvoir d’État.
Thierry Mocktar/JA




