Éditorial : Bien mal acquis à la Gabonaise

Éditorial : Bien mal acquis à la Gabonaise

Et si le mal du Gabon venait du gabonais lui-même ? Voilà la question qui fâche. Celle qu’on évite dans les plateaux télévisés et les directs de circonstance sur les réseaux sociaux ou dans certains milieux politiques du pays. Parce qu’elle oblige à se regarder dans le miroir. Sans filtre.

Au Gabon, il y a un talent : détester ce qui est/et où se fait au pays. Dans les quartiers, on court acheter chez le « malika » ou le « niga ». Même produit. Même prix. Mais « ça fait plus sérieux » quand on agit de la sorte. Chez le « gaboma » ? On marchande, on doute de la qualité des produits, on critique.

Pourtant, entre le jus de bissap importé et celui fait à Nkembo, entre le pagne wodin imprimé à l’étranger et le raphia tissé à Aboumi, lequel est meilleur ? Souvent, c’est le produit local qui est meilleur. Mais le premier réflexe de la cupidité est de le dévaloriser.

On appauvrit le frère ou la sœur pour enrichir l’étranger. Et après on pleure que « le gabonais ne s’entraide pas ».

Sur un tout autre terrain, l’actualité nous donne deux cas d’école. Wilfried Okoumba Kamitatou dit « Lénine d’Andjogho ». Du haut de sa principauté de Blois-Chambord, il s’est cru tout permis. L’invective comme arme, le mépris comme étendard.

Éddy Minang. Sous la toge de tout-puissant procureur, il a littéralement confondu justice et règlement de compte dans le procès de la Young Team. Aujourd’hui, les deux récoltent ce qu’ils ont semé. Rien de réjouissant dans ce qui leur arrive. Mais logique.

Ils ont foulé l’esprit des lois de la République. Ils ont peut-être oublié le premier article : « l’égalité du citoyen devant la loi ».  Le message est clair : au Gabon nouveau, l’impunité du verbe et du pouvoir est terminée. Que l’on s’appelle « Lénine », « Procureur » ou « Activiste », la loi finit par s’imposer.

Quand la France parle de « Bien mal acquis » l’opinion gabonaise s’enflamme. On désigne les enfants Bongo. On pointe du doigt tout ce qui va avec. Mais qui se tait réellement parce qu’il n’a pas envie d’être soupçonné ?

Ceux qui dorment dans leurs appartements ou propriétés des quartiers chics de Neuilly sur Seine-et-Marnes, des Champs Elysée, du Faubourg Saint-Honoré, de l’Avenue Fiche, de Rue Beurret…Ces propriétés qui les a offertes ? Qui a donné les faveurs ? Omar Bongo Ondimba.

Le défunt Président gabonais était peut-être « le mal gabonais » pour certains. Mais c’était aussi celui qui, par sa générosité légendaire, a fait fortune à des générations de dignitaires, barons ou courtisans de son régime. Ceux-là même qui l’ont opposé au peuple.

Il construisait en leur faveur des maisons dont ils estiment être propriétaires légataires. Il « faisait épouser ». Il ouvrait des portes. Omar Bongo Ondimba pouvait-il arroser et gratifier tout son régime et oublier ses propres enfants ? Non. L’hypocrisie, c’est d’avoir profité du système pendant 40 ans, de se taire quand on reçoit, et de crier au scandale quand ce sont les héritiers qui sont visés.

« On ne peut pas applaudir la main qui donne et mordre la main qui hérite », enseigne un proverbe téké.

Le Gabon ne se relèvera pas tant que certains refuseront de soigner trois maux : le mépris de l’autre, l’impunité du verbe et l’amnésie sélective.

Le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma travaille à « bâtir l’édifice nouveau ». Mais un édifice ne tient pas si les briques se jalousent entre elles.

Le vrai « Bien mal acquis », c’est peut-être cette habitude : accuser l’autre pour ne pas se remettre en cause.  Mais seule la conscience peut juger.

Thierry Mocktar

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