En quête de 125,9 milliards de francs CFA, le groupe bancaire BGFI Holding Corporation a ouvert 10% de son capital aux souscripteurs d’Afrique centrale. Le montant de l’action, évalué à 80 000 francs CFA, est le plus élevé depuis la création de la Banque des valeurs mobilières d’Afrique Centrale (BVMAC). Toutefois, cette transaction soulève des interrogations sur les capacités financières du groupe bancaire.
BGFI Holding veut renflouer ses caisses ! Pour se faire, l’un des grands groupes bancaires d’Afrique centrale a ouvert, il y a quelques jours, son capital au marché boursier sous-régional. Au total, 1 573 536 actions ont été mises sur le marché pour un montant de 80 000 francs CFA l’unité. A travers cette opération, le groupe veut mobiliser 125,9 milliards de francs CFA.
Par ailleurs, selon notre confrère Gabonreview, afin d’élargir la base des investisseurs potentiels, le groupe a procédé à une division nominale de ses actions : leur valeur est passée de 90 000 à 10 000 francs CFA, multipliant ainsi le nombre total d’actions à 14 161 824. L’opération, menée par la filiale BGFI Bourse, comprend l’offre publique principale indiquée plus haut, auxquels pourraient s’ajouter 15,7 milliards de francs CFA dans le cadre d’une augmentation du capital, portant l’ensemble à plus de 141 milliards de francs CFA.
Cette transaction boursière, apprend-on, permettra au groupe de financer le nouveau plan d’entreprise 2026-2030, renforcer les fonds propres des filiales, soutenir l’expansion du groupe dans des zones à fort potentiel et réduire sa dépendance aux financements bancaires classiques.
Le plan d’entreprise 2026-2030 de la Holding vise à assurer une croissance maîtrisée, rentable et durable, tout en consolidant sa position de référence dans le paysage bancaire africain. Ce plan s’inscrit dans la continuité de la dynamique 2025, qui met l’accent sur cinq piliers stratégiques : le renforcement de la gouvernance, la transformation du capital humain, la garantie des ressources, l’amélioration de l’expérience client et l’innovation technologique.
Derrière la convenance justificative de cette opération financière pourrait se cacher deux faits : l’essoufflement financier du groupe au regard des engagements pris ces derniers temps avec le gouvernement et, la volonté, comme indiqué dans l’un des objectifs de la dynamique 2025, d’une garantie de disponibilité financière. Le timing de cette opération boursière, juste à l’aube de la 5e République, période durant laquelle le groupe est de plus en plus sollicité par le gouvernement pour l’accompagner dans sa transformation infrastructurelle, n’est pas anodin.
Notons, peut-être pour bien comprendre notre logique d’analyse, qu’il y a seulement quelques semaines, le groupe BGFI s’est engagé à mettre à la disposition du Fonds Autonome National d’Entretien et d’Investissement Routier (FANIER), la somme de 140 milliards de francs CFA sur fonds de prêt, en vue du financement des travaux d’aménagement et de bitumage de la route Alembé–Mikouyi. Outre cet engagement, BGFI Bank a également signé une convention tripartite avec l’Etat gabonais et le Groupe EBOMAF d’un montant de 100 milliards de francs CFA pour le financement des travaux de construction de la route Ntoum–Cocobeach.
Au total, BGFI doit débloquer environ 240 milliards de francs CFA à l’Etat dans le cadre de deux conventions. Le groupe est-il en capacité de fournir ce montant sans avoir recours à d’autres mécanismes financiers ? Selon un Auditeur-comptable approché par notre rédaction, la réponse à cette question est « non ». Partant de cette position, cette introduction en bourse porte en elle, les germes des engagements pris par le groupe auprès de l’Etat, même si la logique du plan quinquennal semble dire le contraire. Surtout que le groupe n’est pas à sa première programmation stratégique quinquennale, lesquelles ne l’ont jamais obligé à avoir recours au marché financier sous-régional ou extérieur.
Un autre problème à cette opération, c’est le montant principal de la souscription. Évalué à 80 000 francs CFA le prix de l’action, BGFI pourrait-il atteindre ses objectifs ? En Afrique Centrale, de connaissance, c’est la première fois que l’action est vendue à un montant aussi élevé. En plus de casser les codes du marché boursier sous-régional, BGFI semble résolument être assez sélectif sur la qualité des souscripteurs à son opération.
Flaury Moukala




