« Au commencement était la parole… ». Ce passage biblique, première phrase de l’Évangile selon Jean, Jean 1 : 1, rappelle la séquence scabreuse que vient de vivre le Conseil municipal de Libreville avec le départ précipité de son Président en la personne de Pierre Matthieu Obame Étoughe.
Un maire réformateur dont l’objectif était de changer en profondeur la gestion de la commune. Casser les habitudes pour moderniser la gestion de la municipalité. Il aura accepté l’impopularité pour la durée de son mandat afin que la ville de Libreville gagne de 20 ans. Ne se définissait-il pas comme étant sur les traces de l’un de ses plus illustres prédécesseurs : Lubin Martial Ntoutoume Obame » le maire Shérif « .
Depuis sa création, la Mairie de Libreville a connu plusieurs gestionnaires mais très peu de réformateurs. Pierre Matthieu Obame Étoughe aurait-il été sacrifié au détriment de la préservation des intérêts de certains milieux qui ont une emprise tutélaire sur la gestion de la commune ?
Pourtant soutenu par les agents municipaux, Pierre Matthieu Obame Étoughe a incarné l’archétype de celui qui prône pour la rupture des pratiques anciennes tant décriées au sein de cette institution. En effet, pour couler le maire, on a mis en place une stratégie de dissidence lors de l’examen du projet de budget primitif pour l’année 2026. Alors que c’est ce même budget qui a été voté en deuxième lecture après la recomposition du bureau du Conseil municipal. Une hérésie, alors que la mairie de Libreville a connu dans un passé récent entre 250 et 300 conseillers au seul cabinet du maire.
Ainsi, secoué par une crise de défiance à son encontre, Pierre Matthieu Obame Étoughe, porteur d’une ambition nouvelle pour la mairie de Libreville, s’est vu « rejeté » aux motifs pernicieux de révélations accablantes de sa gouvernance, par les mêmes qui ont « adulé » sa désignation. En réalité, cet acharnement cache d’autres intérêts, selon certaines sources municipales.
En accélérant le processus de digitalisation de la mairie de Libreville, le maire déchu a touché le point névralgique de la mafia qui règne à l’hôtel de Ville de Libreville dont l’épicentre est le marché de Mont-Bouët. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Un capharnaüm municipal où d’anciens gestionnaires de la municipalité, potentiels candidats à la mairie de Libreville détiennent depuis des années des titres fonciers et continuent de percevoir « indûment » des loyers relevant du domaine municipal.
Pour cacher leurs turpitudes, on a brandit dans la flagornerie des boucs émissaires comme étant de potentiels candidats au poste de Maire de Libreville. Une stratégie visant à semer les troubles entre le maire de Libreville et certains hauts responsables politiques au sein de sa formation politique, l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB). Alors que ces derniers ne sont même pas élus locaux.
La médiation menée par Brice Clotaire Oligui Nguéma en personne a mis fin à l’incertitude et au bras de fer qui perdurait. Deux faits majeurs retiennent l’attention : la nomination dans la foulée d’Eugène Mba pour couper nettes les ambitions démesurées de certains prétentieux et le changement intervenu à la tête du groupe municipal UDB.
Pierre Matthieu Obame Étoughe serait donc tombé les armes à la main. Alors que pour son action salutaire, le maire, le cœur à l’ouvrage, avait le soutien des agents municipaux.
La situation de succession par Eugène Mba apparaît à juste titre comme une solution de consensus pour maintenir la cohésion du groupe. Celle-ci intervient dans un contexte marqué par de nombreux défis, réformes et de restauration d’une institution minée par des dysfonctionnements et nombreuses guerres de clans.
Eugène Mba, homme de grande probité, étant considéré comme l’homme du consensus devra œuvrer pour le retour de la confiance au sein du Conseil municipal.
Thierry Mocktar




