La semaine dernière, l’opinion gabonaise a été stupéfaite d’apprendre la démission surprenante de l’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima de ses fonctions de Président du conseil d’administration (PCA) de l’Agence gabonaise de développement de l’agriculture et de l’élevage (Agadev).
Une démission qui intervient dans un contexte de brouille entre le Conseil d’administration, organe chargé de la mise en œuvre des stratégies de terrain et budgétaires afin de garantir la transparence dans la gestion pour plus d’efficacité, et la direction générale chargée de l’application des mesures stratégiques édictées par le Conseil d’administration dans l’intérêt des missions assignées.
Dans certaines traditions locales, il est indiqué que « si l’oiseau chante la nuit, c’est qu’il a été dérangé ». C’est ce qu’illustre aujourd’hui la démission du Président du conseil d’administration de l’Agadev.
Plutôt que de s’interroger sur la personne, l’on devrait chercher à comprendre les causes ou encore les conséquences de cette démission. Laquelle, jette un désaveu sur le choix des personnes chargées de conduire la gestion des entreprises publiques.
Reconnu pour son pragmatisme dans le redressement des entreprises publiques, Raymond Ndong Sima fait partie de l’infime ghota des économistes de renom que compte le Gabon dans un torrent de compétences (?). L’homme n’est pas non plus un acteur politique de figuration comme certains de ses pairs pour garnir le portail de la République. Il a des convictions qui en disent long.Pourquoi un ancien Premier ministre comme Raymond Ndong Sima peut-il démissionner d’une structure publique qui pour sa gestion, demande de l’expertise, en vu d’attendre la mission d’accompagner et promouvoir la politique nationale du développement agro-pastorale ? Le malaise est bien profond dans la mesure où, certains ont une confusion de leur mission et de leur affiné. C’est cette alchimie qui, malheureusement, trucide les entreprises publiques avec pour conséquence une dégringolade de l’économie gabonaise.
Guerres d’intérêt entre les principaux responsables, entre les actions stratégies, manque de contrôles budgétaires permanents et manque d’application sur le terrain des mesures stratégiques visant à protéger les intérêts des citoyens et garantir l’efficacité et la transparence.
Raymond Ndong Sima a lancé un cri d’alarme, alors que les mêmes travers sont dénoncés par le bicéphalisme à la tête de l’Agasa (Agence gabonaise de la sécurité alimentaire). La Seeg, la Sogatra, Trans’Urb…, sont autant de sociétés qui, sous la transition, ont englouties des ressources financières colossales, malheureusement, sans bilan clair et objectif.
Projets de développement bloqués et loin des attentes, croissance hypothéquée, gouffres financiers pour l’État, malgré le contexte de la nouvelle République (changement de mentalité, restauration de la dignité, bonne gouvernance et transparence), certains ont conservé des mécanismes usuriers, les mêmes pratiques tant décriées du temps de l’ancien régime. Conséquences : bicéphalisme, gestion opaque et favoritisme, manque de volonté d’action, conflits internes qui ruinent les efforts du Gouvernement, etc.
La confiance placée en certains responsables pour leur proximité avec le pouvoir a favorisé une classe de privilégier et d’intouchables, à travers des réseaux d’influence occultes. Pour freiner l’ hémorragie, des mécanismes s’imposent : instauration des contrôles de gestions semestriels, appels d’offres pour le recrutement des dirigeants, sanctions disciplinaires et judiciaires pour les responsables véreux ou insubordonnés…
Raymond Ndong Sima a ouvert un pan visant à dénoncer les dérives qui entravent la bonne gouvernance des entreprises publiques et qui mettent en mal la volonté du président de la République de transformer l’économie nationale en un moteur de croissance pour le développement du pays. Reste au Gouvernement de prendre des mesures pour traduire en acte la rigueur et la sanction.
Thierry Mocktar




