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vendredi, 23 janvier 2026

Trans’Urb : plus de 200 chauffeurs pour moins de 50 bus en circulation, la crise qui fait fi des réalités structurelles

À la surprise générale, en interne, les agents — ou du moins, les conducteurs de Trans’Urb, société gabonaise de transport — sont montés au créneau pour formuler plusieurs revendications. Ce mouvement d’humeur, « illégal » et « non autorisé », laisserait, d’après des sources internes, transparaître une forme de sabotage de l’équipe dirigeante actuelle dans un contexte de fusion annoncée entre la société et la Sogatra.

Paiement des impayés correspondant à deux ans de congés, paiement des salaires des mois de novembre et décembre, paiement des cotisations CNSS et CNAMGS, paiement des primes Covid et rectification de l’ancienneté sont les cinq points de revendication brandis par les agents grévistes de Trans’Urb. Pour prendre le pouls de la situation, nous avons contacté une source interne. Selon celle-ci, cette crise, menée par un groupe isolé — notamment des conducteurs — fait fi des réalités structurelles inhérentes à l’entreprise.

Entre autres réalités : la faiblesse du parc automobile, un sureffectif de chauffeurs évalué à plus de 200 pour moins de 50 bus fonctionnels, et les pressions financières dont souffre la structure depuis l’instauration de la gratuité il y a plusieurs années. Pour juguler ce déséquilibre et optimiser l’usage de ce trop-plein de chauffeurs, l’équipe dirigeante a été contrainte d’instaurer un système de rotation en trois shifts par jour.

Tensions de trésorerie

En 2020, alors que Trans’Urb venait d’être créée, l’instauration de la gratuité du transport urbain — visant notamment Trans’Urb et la Sogatra — a plombé son modèle économique et provoqué d’importantes tensions de trésorerie. En cause : les difficultés du gouvernement à s’acquitter de sa dette vis-à-vis de la structure, ce qui s’est avéré fatal pour son modèle de gouvernance. Ce qui s’est traduit par des problèmes structurels, notamment l’accumulation d’arriérés de paiement tant au niveau des employés que des prestataires.

À ce jour, selon un document officiel, Trans’Urb cumule une dette de 2 milliards de francs CFA pour un budget annuel de 3,7 milliards. Les retards de paiement et d’approvisionnement aggravent sa situation financière et ne lui permettent pas d’assumer efficacement ses charges, entraînant des désagréments tant dans son fonctionnement que dans le paiement des arriérés. « Nous n’avons ni fonds ni ligne budgétaire nous permettant de fonctionner », fustige un responsable.

Location et interurbain comme solutions

Face aux difficultés financières de la structure, la nouvelle équipe a choisi d’ouvrir deux offres consacrées notamment à la location et à l’interurbain, afin de pallier les retards de paiement de l’État. Cette option fonctionnerait plutôt bien et offrirait à l’entreprise une bouffée d’oxygène financière pour son fonctionnement quotidien. « Sans l’argent des locations et de l’interurbain, nous envisagerions la fermeture. Cet argent participe au fonctionnement de la structure », confie-t-on à Trans’Urb.

Alors que les agents grévistes réclament le paiement de deux ans de congés, c’est grâce à cette activité que la direction générale a pu débloquer 10 millions de francs CFA pour régler progressivement les arriérés. « Ces congés sont payés de façon progressive, par vague, par secteur et par tranche. » Malgré ces efforts, la grève des conducteurs interroge davantage qu’elle n’interpelle sur le modèle de gestion actuel de Trans’Urb.

Un passif compliqué

Véritable cadeau empoisonné, les difficultés financières sont légion depuis plusieurs années à Trans’Urb. Les soulèvements d’agents et autres revendications ne sont d’ailleurs pas nouveaux. La situation a été aggravée par la gratuité du transport. Conséquence : la structure n’a pas pu renouveler son parc automobile depuis des années. Or, sans cet actif essentiel, il lui est impossible d’être productive, sachant que les bus existants sont vieux et, pour beaucoup, immobilisés faute de moyens pour les réparer. « Nous faisons des efforts pour acheter les pièces détachées manquantes, mais il faut un véritable plan de renouvellement du parc pour redevenir productifs », explique notre source.

La grève des agents — qualifiée d’isolée, puisqu’elle n’est pas conduite par les partenaires sociaux — pose problème car elle refuse de reconnaître la responsabilité de chacun dans les dysfonctionnements qui accablent Trans’Urb, où le copinage a favorisé un sureffectif non essentiel. Ces mauvais choix de recrutement et de gestion retombent sur les dirigeants, qui tentent, tant bien que mal de trouver des solutions pour satisfaire tout le monde.

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