Au Gabon, l’élimination précoce des Panthères lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations (CAN) relance le débat sur le choix du sélectionneur. Mais derrière les noms sur le banc, c’est tout le système du football national qui montre ses limites : gouvernance instable, pression politique et projets interrompus rendent toute performance durable difficile. Changer de sélectionneur, sans réformer l’environnement, risque de rester un éternel recommencement.
Au Gabon, chaque contre-performance de l’équipe nationale relance le même débat : faut-il changer de sélectionneur ? L’élimination précoce des Panthères lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc a ravivé cette interrogation, poussant la Fédération gabonaise de football (FEGAFOOT) à lancer un nouvel appel à candidature, qui a reçu 605 dossiers. Ce chiffre illustre autant l’attractivité internationale du poste que la profondeur des difficultés structurelles du football gabonais.
Dans l’imaginaire collectif, le sélectionneur est souvent perçu comme le principal responsable des résultats. Pourtant, l’histoire récente montre que la succession de techniciens, aux profils et nationalités variés, n’a jamais permis d’instaurer une performance durable. L’échec ne se résume pas à un nom sur le banc de touche, mais reflète des lacunes structurelles persistantes : gouvernance instable, projets sportifs interrompus, championnat local peu compétitif et infrastructures insuffisantes. Dans ce contexte, le sélectionneur hérite davantage d’un système à gérer que d’un projet à développer.
Une partie de l’opinion plaide pour un sélectionneur gabonais, supposé mieux comprendre la mentalité des joueurs et l’environnement socioculturel. Mais l’expérience récente tempère cet argument. Thierry Mouyama, sélectionneur gabonais lors de la dernière CAN, a connu une campagne difficile, conclue par une élimination dès le premier tour. Malgré sa connaissance du contexte local, les insuffisances observées — manque de cohérence collective et difficultés tactiques — mettent en évidence les contraintes liées à un environnement instable et aux pressions externes. De même, le passage de Daniel Cousin à la tête de la sélection n’a pas permis de transformer durablement les Panthères, confirmant que l’origine nationale ne compense pas l’absence de cadre structurant et de projet clair.
Ces expériences montrent qu’un sélectionneur, qu’il soit gabonais ou étranger, ne peut réussir sans autonomie technique réelle, sans stabilité contractuelle et sans protection institutionnelle. L’exposer aux pressions internes ou aux attentes identitaires excessives fragilise sa mission dès le départ, faisant de lui un bouc émissaire en cas d’échec.
L’avenir des Panthères ne dépend donc pas du nom du prochain sélectionneur, mais de la capacité du football gabonais à se doter d’un cadre stable et d’un projet fédéral clair, capable d’assurer continuité, cohérence et autonomie. Changer de sélectionneur sans réformer le système restera un éternel recommencement.
Spinoza




