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mardi, 3 mars 2026

Nationalisation des petits métiers : entre immobilisme et frein à la vision d’Oligui Nguema, quand le ministère du Commerce peine à suivre…

En août 2025, lors d’un Conseil des ministres, le gouvernement avait pris la décision de nationaliser une catégorie de petits métiers afin de réduire le chômage, de favoriser l’emploi local et de formaliser le secteur informel. Plus de deux mois après cette décision, celle-ci semble être tombée aux oubliettes. Le ministère du Commerce, censé mettre en pratique cette directive présidentielle, semble dormir sur ses lauriers, donnant raison aux critiques négatives qui ont prévalu à la suite de cette annonce. Constat !

Depuis 2015, au Gabon, le chômage a atteint des proportions inquiétantes, au point que les autorités cherchent en vain des solutions. Selon la Banque africaine de développement (BAD), ce taux s’élèverait à 20,4 %, contre un niveau de pauvreté estimé à 35,1 %. Les jeunes sont les plus touchés, avec un taux d’environ 40 %, selon les estimations de la Banque mondiale.

Les crises économiques qui se sont succédé depuis 2014, ainsi que l’éternel problème de l’inadéquation formation-emploi, constituent les principales causes de ce basculement social. Par exemple, selon le Pr Bonaventure Mvé Ondo, recteur honoraire de l’Université Omar Bongo et vice-recteur honoraire de l’Agence universitaire de la Francophonie, plus de 65 % des étudiants gabonais sont inscrits dans des filières généralistes. À l’inverse, précise-t-il, les filières techniques, scientifiques ou médicales restent sous-dotées, tant en infrastructures qu’en personnel.

« La centralisation extrême de la gouvernance universitaire, avec une forte dépendance aux décisions ministérielles et une faible autonomie des établissements, a longtemps limité l’innovation pédagogique, la révision curriculaire et la coopération avec les acteurs économiques ou territoriaux », explique le professeur dans une tribune publiée dans le média en ligne DirectInfosGabon.

Pour juguler cette conjoncture sociale, les dirigeants du Gabon – d’abord l’ancien président de la République Ali Bongo Ondimba, puis son successeur – ont multiplié les projets en quête de solutions, sans réel succès. La dernière en date : la décision de nationaliser les petits métiers pour réduire le chômage, favoriser l’emploi local et formaliser le secteur informel, lequel représente 62,9 % des entreprises. Or, seulement 20 % de ces entreprises sont détenues par des Gabonais, contre près de 80 % par des étrangers. Problème : le secteur représenterait entre 35 et 41 % du produit intérieur brut (PIB) gabonais, et plus de 400 milliards de francs CFA de manque à gagner pour l’État chaque année.

La décision du gouvernement s’illustre donc comme urgente et nécessaire à plusieurs niveaux. D’abord pour lutter contre le chômage des jeunes, ensuite pour nationaliser les entreprises locales – fussent-elles informelles – et enfin pour limiter la fuite des capitaux dans un pays où le système financier ne permet pas toujours de maîtriser efficacement les flux financiers entrants et sortants.
Malheureusement, il semble que le ministère du Commerce n’ait pas bien compris les enjeux derrière la décision d’Oligui Nguema. Sinon, comment expliquer que, deux mois après son annonce, la mesure en soit encore à son stade embryonnaire, cloisonnée dans le récit du Conseil des ministres du 12 août 2025 ?

Au sein du ministère du Commerce, rien ne semble bouger dans ce sens : ni mesures d’implémentation, ni sensibilisation des acteurs concernés par cette décision, encore moins formation des Gabonais – notamment les jeunes – aptes à embrasser cette « transition » n’est perceptible. À l’opposé de ces actions, le ministère se contente de projets sans grande perspective, plus destinés à la consommation intellectuelle et civique qu’à des résultats concrets. C’est à croire que les décisions du président de la République n’ont pas valeur absolue. Sous d’autres cieux, un tel immobilisme serait impossible, compte tenu de l’urgence de la décision et du profil de l’autorité qui en est l’émetteur.

Indirectement, le ministère donne-t-il raison aux détracteurs du Gabon et d’Oligui Nguema, qui avaient prophétisé l’échec de cette décision ?

Le Fils du Bled

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