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dimanche, 1 mars 2026

La SAEG sacrifié au profit d’Agropag, quand les intérêts individuels priment sur la vision publique

Environ deux ans après sa création, la Société d’Agriculture et d’Élevage du Gabon (SAEG) vient d’être dissous au profit de la Société Agropastorale du Gabon (Agropag), un actif dont la création par des acteurs privés, avait fait couler encre et salive en janvier 2025. Cette décision de dissoudre la SEAG et d’élever Raymond Ndong Sima en qualité de président du Conseil d’administration (PCA) d’Agropag, fut-elle issue du Conseil des ministres, viole la loi et suscite moult interrogations sur la distance devant exister entre les intérêts publiques et ceux privées.

Créée par ordonnance n°0013/PT/MAEP du 31 août 2024 et ratifiée par la loi n°032/2024 du 30 janvier 2025, la SAEG était une société légale disposant de tous les statuts. Sa mission était d’œuvrer pour le développement durable de l’agriculture, l’élevage et d’agir sur l’ensemble des volets qui concourent à développer son secteur d’activité. Il faut dire que depuis sa création, cette société n’a pas vraiment eu les moyens nécessaires pour faire valoir ses compétences et répondre au mieux à la mission qui lui a été assignée. Ce qui n’a pas été le cas de la Société Agropastorale du Gabon (Agropag) qui vient d’absorber la SEAG.

En 2025 par exemple, au plus fort de la création de la SAEG, environ 1000 têtes de bovins (venu du Brésil) destinées à la production laitière et animale ont été réceptionnés par l’ancien Premier ministre, Raymond Ndong Sima en personne au port d’Owendo, puis acheminé vers Ndendé. Cette mobilisation soudaine et totalement illégale car étant des actifs d’une société privée, opérée sous le sceau de l’officialité de la fonction et avec les moyens de l’Etat, n’avait pas manqué d’éveiller la curiosité des observateurs avisés. D’aucun s’interrogeait même de savoir pourquoi était-ce le Premier ministre de l’époque qui procédait à cette réception, alors que la responsabilité incombait au ministre de l’Agriculture (Jonathan Ignoumba).

Un an après, après la découverte de la proximité frauduleuse autour de la localisation de cette société à la Primature de la République, et son lien direct avec Guy Anicet Rerambyath, à l’époque Conseiller du Premier ministre chargé du département Agriculture et Élevage, l’histoire semble donner raison à la presse gabonaise qui, face au vice de procédure et conflit d’intérêt entourant l’existence d’Agropag, n’avait pas manqué de dénoncer le caractère flou de cette société. Malheureusement, un an après, l’histoire se répète et cette fois-ci, ce ne sont pas les acteurs d’Agropag qui ont décidé de torpiller la planification stratégique autour de la création de la SAEG mais le gouvernement qui, par la décision de concéder à Agropag tous les droits révolus à la SAEG, sabote la vision de départ et viole la loi.

En effet, créée sous le statut juridique d’une SA, Agropag est une société de droit privé gabonais. Son affiliation avec le Gouvernement doit obéir à une procédure qui dépasse le seul cadre du Conseil des ministres. Sa position doit de même être clarifiée. Ce qui n’a pas été fait. La nomination de Raymond Ndong Sima en qualité de président du Conseil d’administration (PCA) est par-dessus tout, la violation la plus flagrante par le Gouvernement, du droit en la matière. Il est ici clair que les intérêts individuels ont prévalu deux aspects : la vision réelle de l’Etat en matière de développement agricole et le respect du code des procédures en matière de fusion-absorption et nomination d’un PCA. Pour être assez concis, il va de soi que ce montage profite aux seuls acteurs d’Agropag qui, un an après son déploiement, a du mal s’imposer comme un véritable levier de résilience agricole en répondant pleinement à ses objectifs de départ, à savoir, l’élevage, la production de lait et de viande bovine.

En tuant la SAEG, le gouvernement vient par la même occasion de sacrifier la vision des pères fondateurs de cette société. Dans l’opinion, certains craignent qu’Agropag finisse comme Hevegab et Transgabonais.

Flaury Moukala

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