29 C
Libreville
dimanche, 8 février 2026

Électricité importée : ce que recouvre réellement le « retard de paiement » du Gabon envers la Guinée équatoriale

La déclaration de l’homme politique gabonais Jean Valentin Leyama, évoquant « 235 millions de factures d’électricité non payées » à la Guinée équatoriale, suscite de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Présentée comme un manquement grave et une situation humiliante pour le Gabon, cette affirmation ne correspond toutefois pas à la réalité des faits tels qu’ils ont été rapportés et expliqués dans le média Bénin Web TV, citant des sources officielles équato-guinéennes.

Moins d’un an après la mise en œuvre de l’accord d’interconnexion électrique entre Libreville et Malabo, la Guinée équatoriale a effectivement signalé un retard partiel de paiement, mais celui-ci ne concerne pas des factures d’électricité impayées à proprement parler. Il porte sur le solde d’une garantie financière contractuelle prévue dans l’accord liant les deux États.

Selon les informations relayées par Bénin Web TV, qui s’appuie sur un communiqué du service de presse public de Malabo, plus de 270 millions de francs CFA ont déjà été versés par le Gabon via la Société nationale d’électricité de Guinée équatoriale (SEGESA). En revanche, sur une garantie financière globale évaluée à 623 millions de FCFA, il resterait environ 235 millions de FCFA à régulariser.

Une confusion entre garantie et facturation

Cette précision est essentielle pour comprendre l’écart entre le discours politique et la réalité contractuelle. Contrairement à ce que laissent entendre certaines déclarations, il ne s’agit ni d’un refus de paiement ni d’une dette dissimulée, mais d’un décalage dans le versement d’une caution financière, destinée à sécuriser la relation commerciale entre le fournisseur équato-guinéen et l’acheteur gabonais.

Toujours selon les éléments cités par Bénin Web TV, un spécialiste rappelle que la garantie financière vise avant tout à rassurer le fournisseur sur la solvabilité de son client. Elle ne dispense pas du respect des échéances, mais n’exclut pas non plus des retards liés à des procédures administratives, bancaires ou à un calendrier de décaissement échelonné, fréquents dans les accords interétatiques.

Un projet progressif et ciblé

L’accord d’interconnexion prévoit une injection totale de 10 mégawatts (MW) d’électricité équato-guinéenne dans le réseau gabonais, déployée de manière progressive. À ce stade, seule la première phase est opérationnelle, avec 3 MW effectivement acheminés vers Bitam et les zones environnantes, afin de soulager des points du réseau soumis à des déficits ponctuels.

Ces volumes, encore limités, s’inscrivent dans une stratégie plus large de stabilisation de l’approvisionnement électrique au Gabon.

Un contexte énergétique sous tension

Le recours à l’électricité importée s’explique par les difficultés structurelles rencontrées par la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), qui ont entraîné des délestages réguliers, notamment dans la partie nord du pays. Face à cette situation, les autorités gabonaises ont multiplié les solutions d’appoint.

Dans ce cadre, Bénin Web TV rappelle également la signature d’un protocole d’accord avec la société turque Karpowership, prévoyant la fourniture de 70 MW via des centrales flottantes, pour un coût estimé à environ 1,8 milliard de FCFA par mois, selon les données rendues publiques lors de la signature.

Des chiffres exacts, mais une lecture politique discutable

Les montants évoqués — plus de 270 millions de FCFA déjà versés et un solde d’environ 235 millions de FCFA à régler — sont bien réels et figurent dans les relevés cités par Bénin Web TV, sur la base des informations communiquées par Malabo. Leur interprétation, en revanche, appelle à la nuance.

Assimiler ce retard partiel à des « factures non payées » ou à une « honte nationale » relève davantage d’un discours politique que d’une analyse économique rigoureuse. À ce stade, aucune annonce officielle ne fait état d’une rupture de contrat ou d’une suspension de la fourniture d’électricité par la Guinée équatoriale, mais plutôt d’un ajustement financier en cours, encadré par les mécanismes contractuels prévus.

Spinoza

MEDIAPOSTE
MEDIAPOSTE
MEDIAPOSTE, est un media en ligne, qui traite, analyse et décrypte toute l'actualité du Gabon. Il existe depuis 2017.

Articles Liés

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Restez connecté

5,900FansJ'aime
3,800SuiveursSuivre
2,100AbonnésS'abonner